FATHER MOTHER, SISTER, BROTHER de Jim Jarmusch est sans conteste le “film de la semaine”, néanmoins le lauréat du Lion d’Or vénitien de 2025 risque de dérouter les inconditionnels du réalisateur américain qui n’aura jamais été aussi imprévisible que dans cette histoire de famille(s) divisées en trois épisodes qui se téléscopent discrètement. D’un autre côté, découvrir notre Vicky nationale face à des actrices chevronnées comme Cate Blanchett ou Charlotte Rampling est un rare plaisir quîl ne faut pas manquer. Avec ANNIVERSARY/THE CHANGE, nos salles de province ont déterré un petit film dystopique américain qui présage ce que l’Amérique est devenue beaucoup trop rapidement. THE CHRONOLOGY OF WATER, le premier long-métrage réalisé par l’actrcie Kristen Stewart, nous a laissés de glace et a même failli nous faire prendre la fuite. Le drame géorgien THE MOON IS A FATHER OF MINE a été coproduit par le Luxembourg, quant à ETERNITY, le seul nouveau film au Kirchberg, il vous fera entrevoir les facettes cachées du purgatoire. Finalement, ne ratez pas l’avant-première LuxFilmLab de l’excellent IN DIE SONNE SCHAUEN de Mascha Schilinski, qui avait enchanté le dernier Festval de Cannes. 2026 ne démarre pas trop mal.
Jean-Pierre THILGES
Semaine du 7 au 13 janvier

Lion d’Or Venise 2025
FATHER MOTHER SISTER BROTHER ****
Comédie dramatique; Ecrit et réalisé par Jim Jarmusch; avec Tom Waits, Adam Driver, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps; USA/Italie/France 2025, 110 minutes; Lion d’Or Festival de Venise 2025; Gent Intl. Filmfestival.

Pour une première fois en deux ans, Jeff et Emily rendent visite à leur père veuf qui vit dans une région rurale du New Jersey. Aux prises avec des soucis financiers, ce père les reçoit avec frugalité dans sa maison en désordre et mal chauffée. L’atmosphère, empreinte d’une gêne qui confine au malaise, est semblable à celle qui règne chez une écrivaine âgée de Dublin. Lors d’un rituel annuel empesé, cette dernière accueille Timothea et Lilith, ses deux filles aux tempéraments diamétralement opposés, dans sa demeure cossue pour l’heure du thé. À Paris, les jumeaux Billy et Skye, nés de parents américains récemment disparus, se retrouvent pour visiter une dernière fois l’appartement qui les a vus grandir. (Synopsis: Régie du Cinéma Québec)

- The movie returns us to an age-old question: who are or were our parents? Did they have real existences before we were born that we will never understand? And are our own existences destined to be effaced and rendered irrelevant or taboo by our own children? For me, the first and third sections are the most naturalistically convincing as portraits of real life, the second is more theatrical, although the weird, slyly comic echoes of each other in each of the sections undermine or at least complicate this reality effect. You might sit through this film waiting for a crisis or a confrontation: some explosion of temper or passionate demand for honesty. None will arrive. Basically, there is a contentment and calm here, an acceptance and a Zen simplicity that is a cleansing of the moviegoing palate, or perhaps the fiction-consuming palate in general. It is a film to savour. (Peter Bradshad/The Guardian)


Exclusivité Cinextdoor
ANNIVERSARY / THE CHANGE
Drame psyhologique; Réalisateur: Jan Komasa; avec Diane Lane, Kyle Chandler, Zoey Deutch; USA 2025, 111 minutes.

L’universitaire Ellen se rend compte que Liz, l’amoureuse de son fils Josh, est une étudiante qui a été congédiée quelques années auparavant de sa faculté à cause de sa participation active dans un mouvement ultraradical. Très inquiète et bouleversée par sa découverte, la mère essaie de mettre fin à la relation entre Josh et son amie, mais échoue dans ses efforts. Durant les mois qui suivent, le livre visionnaire publié par Liz connaît un énorme succès et la jeune femme devient un guide spirituel de la nation américaine, avec des conséquences désastreuses pour les valeurs démocratiques…

- An all-American family is torn apart by an increasingly dystopian political landscape in Jan Komasa’s too-timely take on where the United States could be headed. (..) The idea that politics is an abstract concept that can be removed from, say, family dinner conversations would be laughable if it weren’t also so corrosive. Such thinking only makes sense if one understands politics to exist apart from the material circumstances that frame them and exempt from the real-life consequences they engender. Jan Komasa’s “Anniversary,” a family drama set against an increasingly dystopian political landscape, understands that all too well. And if Komasa’s heady, provocative feature loses its way as it lands somewhere between a pitch-black satire and an all-too-bleak fable, it nevertheless finds urgency in depicting a family (and country) ravaged by the threat of authoritarianism. (Manuel Betancourt/Variety)

THE CHRONOLOGY OF WATER **1/2
Drame biographique; Réalisé par Kristen Stewart; avec Imogen Poots, Thora birch, James Belushi; USAV 2025, 128 minutes; Festival de Cannes 2025.

Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

- Un premier film prétentieux, surfait et interminable qui a failli nous faire fuir. (jpt) Les agressions restent hors champ mais elles imprègnent chaque plan, elles existent au fond de la prunelle de Lidia enfant, suintent de son corps adolescent qui passe son temps à nager, resurgissent par un son alors qu’elle est adulte et devient autrice. (Les Inrocks) Le film trouve son ton dans le contraste entre l’excès de sa première moitié et son épure progressive. […] Kristen Stewart choisit très littéralement le chaos : tout est sonore, découpé, tressautant. (Cahiers du Cinéma) Des tics de mise en scène nuisent à la force dramatique d’un portrait de survivante plutôt émouvant porté par une bonne actrice. (Positif) L’excès de zèle (stylistique et doloriste) est le défaut pardonnable des premiers films. Plus étonnant, en matière de vision, on pourrait reprocher à l’icône queer et rebelle Kristen Stewart de ne rien bousculer, en déchaînant à bloc l’imagerie de la beauté dépravée sur pellicule 16 mm, profil diaphane et corps qui ne tranchent pas dans la norme. (Libération)

Films made in/with Luxembourg
THE MOON IS A FATHER OF MINE
Titre original: Mtvare mamaa chemi; Drame; Réalisé par George Ovashvili; avec Kira Andronikashvili, Mariam Chagunava, Otar Mikeladze; Géorgie/Luxembourg (Joli Rideau)/République Tchèque/Allemagne/Bulgarie/Turquie 2025, 100 minutes.

Géorgie 1991; Lorsque Nemo, le père éloigné de Toma, âgé de 12 ans, réapparaît après une décennie de prison, tous deux entreprennent un voyage de chasse tendu destiné à reconstruire le lien qu’ils n’ont jamais eu. Alors que Nemo enseigne à Toma la survie, la responsabilité et la vérité derrière son passé violent, leur connexion fragile commence enfin à se dessiner — jusqu’à ce qu’un tragique accident laisse Toma seul dans les montagnes…

- Le cinquième long-métrage de George Ovashvili, The Moon Is a Father of Mine [+], qui a fait sa première en compétition au Festival Black Nights de Tallinn, est l’exemple par excellence du film qui use du principe dramaturgique légèrement subversif qu’est le “fusil de Tchekhov”. Selon ce principe, si une arme à feu est montrée au premier acte, il faut qu’un coup de feu éclate et déclenche un rebondissement au troisième. Ici, le fusil est présenté de manière plus alambiquée, tout à la fin de l’introduction, après quoi on le revoit deux fois dans la séquence de chasse qui occupe la majeure partie du deuxième acte, et le tir est ce qui marque l’ouverture du dernier acte du film. (Marko Stojilkovic/cineuropa.org)

ETERNITY
Comédie sentimentale; Réalisé par David Freyne,; avec Miles Teller, Elizabeth Olsen, Callum Turner; USA 202, 84 minutes; Toronto Intl. Film Festival 2025.

Mariés depuis 65 ans, Larry et Joan se rendent à une fête chez leur fille. Sur place, Larry s’étouffe et se retrouve propulsé dans un endroit étrange, sous une apparence beaucoup plus jeune. Il apprend ensuite qu’il est mort et qu’il se trouve dans un lieu de transition, entre la vie et l’éternité, à l’âge auquel il était le plus heureux. Larry doit prendre une décision : choisir un endroit où il veut passer l’éternité. Soudain, sa femme Joan le rejoint, ayant succombé à son cancer en phase terminale…

- Elizabeth Olsen must choose who she spends eternity with in an often ingenious throwback that can’t quite stick the landing. It’s not just the thought-through ingenuity of the set-up but also the gloss and grandness of the film-making, an A24 production that feels like it should have the Touchstone Pictures logo at the start. It’s the surprising next step for Freyne whose endearing gay comedy “Dating Amber” got a little buried in the hellish summer of 2020. That film – about queer high schoolers faking a relationship to kill suspicion – was small and semi-autobiographical for Freyne, and for his follow-up he’s gone from rooted in truth to floating in fantasy. (Benjamin Lee/The Guardian)

CHECKER TOBI 3
Dokumentarfilm für Jugendliche; Regie, Buch: Antonia Simm; mit Tobias Krell; Deutschland 2025, 93 Minuten.
Beim Stöbern im Keller stößt Tobi gemeinsam mit Marina auf ein altes Videoband. Darauf ist der kleine Tobi zu sehen, wie er voller Begeisterung eine selbst erfundene Kindersendung präsentiert. Seine erste große Frage lautet: Wer hinterlässt die stärksten Spuren im Boden? Seine damalige Antwort darauf ist dem erwachsenen Tobi längst entfallen – und so beginnt eine neue Suche, die ihn weit über die Grenzen des Kellers hinausführt.
- Nach “Checker Tobi und das Geheimnis unseres Planeten” und “Checker Tobi und die Reise zu den fliegenden Flüssen” ist dies der dritte Kinofilm des KiKA-Moderators Checker Tobi.
LUXFILMLAB Utopia 7.1. à 20h
Prix du Jury Cannes 2025
IN DIE SONNE SCHAUEN / THE SOUND OF FALLING ****
Drama; Regie: Mascha Schilinski; mit Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler, Zoë Baier; Deutschland 2025, 154 Minuten; Preis der Jury Cannes 2025; Gent Intl. Film Festival 2025.
Ein uralter, abgelegener Bauernhof in der Altmark bildet die Kulisse für eine epische Erzählung über vier Mädchen und junge Frauen, die während unterschiedlicher Epochen dort leben: In den 1910er-Jahren ist das Alma, in den 40er-Jahren Erika, in den 80er-Jahren Angelika und in 2020er-Jahren Nelly. Jede von ihnen erlebt auf dem Hof ihre Kindheit oder Jugend – und jede von ihnen wird mit Spuren der Vergangenheit konfrontiert, die ihre persönliche Gegenwart beeinflussen…
- Identität, Sexualität, Tod und das Vergehen der Zeit sind die zentralen Motive des Films, die in den verschiedenen Erzählsträngen immer wieder aufgegriffen werden. Regisseurin Mascha Schilinski verwebt sie kunstvoll auf non-lineare Weise miteinander. Die Wechsel zwischen den Episoden sind oft abrupt, was eine gewisse Desorientierung bewirkt. Nach und nach ergibt man sich dem Sog des Geschehens und der sorgfältig gestalteten Bilder im beengten 4:3-Format. Der beschränkte Blick der Kamera spiegelt die eingeschränkte Sichtweise der Figuren auf ihr Leben, statt eine übergeordnete Perspektive zu geben. Viele Szenen haben etwas Traumhaft-Schwebendes. Der Film arbeitet ähnlich wie Lyrik viel mit Gefühlen und Bildern, quasi den Zwischenräumen des Gesagten statt mit klaren Botschaften. Der Sound verstärkt geschickt die Wirkung der Bilder, die zwischen dokumentarischem Realismus und Poesie oszillieren. (Dörthe Gromes/visionkino.de)
LE MUR DES ETOILES



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